jeudi 29 novembre 2012

CAPRON (49)






Il est âgé d'environ 30 à 35 ans, de grande taille, assez gros, son regard semble rêveur.

Il s'occupe un peu au nettoyage de la salle mais pour cela il faut le priver momentanément de ses cigarettes car il fume énormément. Parfois il nous appelle infirmier ou gardien et demande sa sortie, qu'il n'a rien fait pour être ici, «qu'on lui fait toujours des électrophones, que ça lui fait mal». Il passe ses journées allongé sur plusieurs chaises et de temps en temps se lève et fait le tour de la salle, plusieurs fois à une allure décidée, va se voir dans la glace et nous dit que «sa figure est drôle, c'est la faute des électrophones».
Sa tenue corporelle est propre mais la vestimentaire est passable.    
      
21 mars 1962

Source image : Rêves dans la nuit noire 

 

DELABY (48)







Ce malade est âgé d'une soixantaine d'années, il a un faciès assez particulier, a le nez écrasé, le crâne presque chauve, les oreilles en «chou-fleur». Au milieu de son front, on remarque une ancienne cicatrice faisant une tache bleue.

Il fait sa toilette tous les matins mais oublie souvent le savon et ce doit être pour cela que son visage luit beaucoup. Pour sa tenue vestimentaire, il est très peu soigneux et au repas, lave souvent ses aliments dessus.
Il est calme dans le service et fait tous les travaux qu'on lui commande, mais, sitôt qu'un autre malade lui signifie qu'il va mourir ou prononce le nom de «Marquette», il rentre dans une violente colère, saisit ce qui se trouve à portée de sa main mais ne frappe jamais avec. Souvent il vient se plaindre à nous qu'untel l'embête et aussitôt déclare «qu'il s'en moque, que demain, il aura sa sortie» et tous les jours, il déclare la même chose.
Il est obéissant et mis à part ses colères qui sont provoquées par les autres malades, il est calme.
Il prend ses médicaments sans jamais faire de difficultés.   
      
1er mars 1962

Source image : Huffington.fr 

 

BRACHET André (47)


(Guy Mollet, ancien ministre de De Gaulle et maire d'Arras, en 1962)






Ce malade qui parait âgé de 50 à 55 ans, prétend avoir 63 ans.

On le trouve souvent à discourir et son langage est recherché.
Quand on l'interroge sur sa vie passée, il déclare qu'il est déjà mort plusieurs fois, soit empoisonné, soit fusillé. Il écrit souvent des lettres à certains ministres, notamment à monsieur Guy Mollet et comme il n'a pas de réponse, il accuse l'établissement de détourner son courrier.
On le voit souvent en compagnie de jeunes malades envers qui il a des attitudes de mère. Il y a quelques jours, on l'a surpris en train de masturber un de ces jeunes. Il a expliqué ce fait en déclarant que «c'était pour faire plaisir à ce jeune garçon qui le lui avait demandé».
Sa tenue corporelle est très stricte et il est très élégant dans sa tenue vestimentaire ; on peut même dire qu'il est coquet.
D'après ses dire, il fournit un travail considérable à la lingerie, à croire que sans lui le vestiaire aurait beaucoup de mal à approvisionner les nombreux services de l'hôpital.
Pour sa médication, il ne fait jamais de réticences, au contraire, il la réclame et demande si on n'a pas oublié tel ou tel médicament qui lui est bénéfique.   
      
26 février 1962

Source image : INA 

 

GUINARD (46)









Ce malade est âgé de 55 ans environ, de tenue correcte.

A certains moments, il reste prostré dans un coin sans parler ni bouger. A d'autres moments, il se met à parler très fort à une personne imaginaire et, à ce moment, il parait se défendre car ses paroles, sont sur un ton très énervé, accompagnées de grossièretés. On l'entend souvent crier «Laissez-moi, je n'ai rien fait», «Foutez-moi la paix».
Il est très propre dans sa tenue et également sur lui-même.
Il s'occupe au dortoir du service et fait son travail correctement. Il mange beaucoup de friandises et c'est peut-être ce qui explique qu'il ne mange pas souvent à table.
      
25 février 1962

Source image : L'Express

 

LAUSSON (38)









Malade de 60 à 65 ans, au visage petit et vieilli, au regard vague, son visage porte énormément de rides.
Quand il est au service, il est souvent dans la cour et il se dispute avec un personnage imaginaire, montrant les poings et proférant des menaces. Si on l'interroge à ce moment-là, il déclare qu'on ne doit pas s'inquiéter, que ce n'est rien, que c'est son ami qui vient «l'ennuyer».
Il n'est pas très propre dans sa tenue mais c'est son occupation à la bricole qui le veut car c'est toujours du ciment qu'il a sur ses vêtements.
Il est très correct avec le personnel et aussi discipliné, mais il n'a aucun rapport avec les autres malades, il semble vivre seul.   
15 février 1962

Source image : L'Express

 

SZANDZICK Stanislas (25)


(Raymond Depardon - Hôpital psychiatrique Frioul, Trieste, Italie, 1979)







C'est un vieillard aux cheveux blancs, au regard vif.
Il ne sort pratiquement plus de sa chambre où il est soit couché soit assis dans un transat.
Par moment, il est calme mais sitôt qu'on le touche, il se met à crier en polonais et alors, il crie ainsi pendant 1/2 heure ou 1 heure.
Il faut toujours qu'il s'agrippe à quelque chose et de ce fait, il défait sans cesse son lit, ou si on est près de lui, il s'accroche à nos vêtements.
Quand on lui parle, il ne semble pas s'intéresser à nos paroles, son regard exprime une pensée plus lointaine mais en lui parlant doucement et pendant un moment, soit qu'il s'énerve soit qu'il nous caresse les mains en faisant comprendre qu'on est bon avec lui.                
  
31 janvier 1962

Source image : Raymond Depardon